A noter, ce jour 04/03/2009, le quotidien Les Echos publie une tribune de Philippe Hayat sur l'importance du tissu entrepreneurial surtout en periode de crise. Voici le texte de cette tribune.

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Faute d’un tissu entrepreneurial dense,
la France risque fort de payer l’addition de la crise
par Philippe Hayat

Philippe_Hayat

En période de crise, on a tendance à se réjouir du modèle français : un quart des salariés préserve son emploi grâce à son statut de fonctionnaire, le revenu des retraités est assuré grâce au système de retraite par répartition, et ainsi de suite. Afin de relancer l’économie, le gouvernement a détaillé mille programmes d’investissements gouvernementaux et locaux. Ne devrait-il pas plutôt avancer des mesures pour dynamiser notre tissu entrepreneurial ? Relancer l’économie demande avant tout de réinventer de nouveaux modèles économiques et d’explorer de nouveaux gisements de croissance. Les entrepreneurs, bien plus que l’Etat, ont cette capacité d’innovation.

On ne le répétera jamais assez : ce sont les entrepreneurs qui créent la croissance, l’emploi, les richesses. Les PME représentent 60% des emplois en France et réalisent deux tiers des investissements des entreprises. Elles ont déjà créé 500 000 emplois l’an dernier et une augmentation des effectifs des PME de +20% est encore prévue sur les 10 prochaines années quand les grands groupes réduiront les leurs d’autant.

Nous aurions aussi tort de nous satisfaire des récents chiffres sur les créations d’entreprise, qui battent chaque année de nouveaux records en France, certes 327 396 entreprises ont été créées en 2008, soit près du double d’il y a dix ans ; de plus, 30 000 auto-entrepreneurs s’étaient déclarés au 20 janvier. Mais dans leur grande majorité, ces nouvelles entreprises ne vont généreront pas de croissance : plus de 80% d’entre elles ne comportent pas de salarié, et 40% d’entre elles sont lancées par des chômeurs qui y trouvent le moyen de recréer leur emploi. En France, on devient entrepreneur par nécessité, non par opportunité. Or, la crise actuelle ne se résoudra que par l’émergence de ces entreprises de croissance dont notre pays manque cruellement : seulement 10 % des entreprises dépassent dix salariés au bout de cinq ans, et 1% finira par dépasser 50 salariés. La France compte 4 000 entreprises de 250 à 1 000 salariés, contre 8 500 en Grande-Bretagne et 11 200 en Allemagne. Seulement 40 % des 100 premières entreprises américaines existaient il y a trente ans, contre 90 % des 100 premières entreprises françaises …

Pourquoi la France a-t-elle tant de difficulté à produire des Apple, Google ou E Bay ? Une entreprise ne peut croître que si elle est innovante. Or les blocages inhérents au monde de la recherche et des universités rendent difficile la transformation d’une innovation en une opportunité commerciale.

De plus, lorsqu’une entreprise se crée autour d’un concept innovant, elle se heurte à la difficulté de trouver des financements, problème décuplé par la crise. Réunir les premiers fonds lorsque le projet n’est encore qu’un concept relève du parcours du combattant en France. Une entreprise française sur trois démarre avec moins de cinq mille euros, et seulement une sur cent dispose d’un capital initial supérieur à 100 000 euros. Comment alors faire face à des développements technologiques pouvant rapidement atteindre quelques millions d’euros ? Les fonds institutionnels préfèrent investir dans les entreprises mûres, une fois les premiers clients obtenus et la rentabilité atteinte. Quant aux investisseurs providentiels (ou « business angels »), ils ne trouvent pas dans nos règles fiscales une incitation suffisante pour assumer un tel risque. opérationnel que peut fournir la présence d’un investisseur providentiel dans son tour de table.

Au final, les gouvernements français n’ont jamais mis l’entrepreneur à la place qu’il mérite. Pourtant, pour construire l’avenir, mieux vaut aider les entrepreneurs à réussir, c’est-à-dire créer les conditions de l’innovation et de la croissance, plutôt que de dépenser l’intégralité de notre réserve de PIB disponible dans des solutions court terme de soulagement des difficultés. La création de richesse, portée principalement par les entrepreneurs, est le préalable à la reprise du pouvoir d’achat et de la protection sociale, certainement pas l’inverse.

Les pays qui décupleront leur potentiel entrepreneurial sortiront les premiers de cette crise. Le gouvernement veut relancer l’économie par un programme d’investissements publics. L’opposition lui répond par un plan massif de soutien à la consommation. On est loin du compte.